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La belle vie à Hendaye est terminée pour moi depuis début août.

Grâce à une petit interview menée par Elke Roloff qui m’a accompagné tout le long de cette belle aventure nous revenons sur ce qu’il s’y est vraiment passé, ce qui permet de mieux comprendre comment peut se vivre une résidence artistique.

Un peu de lecture pour ces jours pluvieux :

« Barbara Ryckewaert a été sélectionnée pour une résidence de création/médiation, un nouveau projet lancé par le CPIE en partenariat avec la Région Aquitaine, le Conservatoire du littoral et cofinancé par le projet Txinbadia 14/15. Pour cette résidence, mise en place pour la première fois fin 2014 et grâce au cofinancement européen, Barbara Ryckewaert a bénéficié d’un prolongement de trois mois, donc un total de six mois de résidence où elle a confronté ses productions à celles du public participant. Barbara a développé des projets avec des groupes d’élèves de l’IME Plan Cousut de Biarritz, un groupe de mamans accompagnées de leurs enfants de l’association Le Trait d’Union d’Hendaye ainsi qu’un groupe d’adultes qui a répondu favorablement à notre invitation de stages gratuits « art et science ». Dans un entretien avec elle, nous retraçons les six mois de résidence. En voici un extrait.

Quelles ont été tes motivations pour postuler à notre appel à projet ?

J’ai postulé par rapport au lieu, au domaine, par rapport à la corniche que je connaissais depuis mon enfance puisque j’ai grandi au Pays Basque. C’est un endroit qui me plaît énormément. Ensuite, la partie médiation de cette résidence m’intéressait beaucoup. C’est ma toute première résidence et l’idée d’échanger avec un public et d’avoir un temps dédié uniquement à la création, sans qu’il y ait une vraie commande derrière ou obligation d’un résultat, me plaisait bien.

Dès le début de la résidence tu as travaillé avec différents publics, comment l’as-tu vécu, et comment se sont déroulées ces rencontres ?

Cela s’est fait assez naturellement dans le sens où ça n’a pas été du jour au lendemain. Nous ne sommes pas tout de suite partis dans l’atelier pour créer. J’ai découvert le domaine dans cette immersion et avec ce public, qui pour beaucoup, découvraient le domaine pour la première fois. Les projets d’interventions ont été amenés par des rencontres. Il fallait discuter, se projeter et présenter aussi ma vision des choses, se familiariser et expliquer ce que je faisais ici et comment je travaille. La plupart des gens ne savent pas forcement que vient faire un artiste en résidence. Dans ma candidature, j’avais fait des propositions d’ateliers très concrètes, avec un certain nombre d’heures, un déroulement possible etc. mais sans savoir quel public j’allais rencontrer. Puis une fois sur le terrain, il fallait m’adapter aux groupes, voir en fonction de la réceptivité du public et construire ensemble. D’un coup, je n’ai gardé que des idées, des directions générales qui peuvent être abordées de différentes manières avec différents médiums et qui ont un écho différent, selon les personnes. Comme par exemple le rapport entre le souvenir et le paysage, l’observation et le découpage, la représentation et surtout la perception d’un paysage à travers quelque chose comme l’objet. Je n’ai pas tout de suite réfléchi au comment j’allais dérouler les séances. Ces thématiques partaient de questionnements que j’avais déjà et que j’ai déjà abordés sous différentes formes. Je savais qu’il y aurait une sorte de ping- pong entre ce que j’allais faire et ce qu’on allait faire en atelier. Avec le recul, je peux dire que c’était une vraie construction commune et parallèlement cela m’a donné des pistes, des réflexions dans mes recherches personnelles.

Tu as travaillé avec quels médiums ?

La photo et la vidéo sont souvent mes points d’entrée pour un projet, ce sont des médiums où je me sens à l’aise et où j’ai des facilités, je suis dans un genre de confort quand je les utilise. Cela m’a permis de faire la partie « découverte et immersion » en début de ma résidence. Ensuite, j’ai aussi expérimenté d’autres médiums comme la gravure, chose que je n’avais jamais faite, gratter des plaques, différents supports avec une pointe sèche ou travailler le papier. Je me suis remise également au dessin et j’ai expérimenté la réalisation de petits objets et d’outils d’observation. Jusqu’ici j’avais rarement travaillé le volume. Ce temps de résidence m’a permis de me dire tout est possible et je peux me permettre. C’était un espace temps d’exploration à tous points de vue.

Tu as bénéficié deux fois de trois mois de résidence, une période assez longue. Comment-as tu géré le temps en général et durant cette deuxième période ?

C’est toujours à la fois long et court, mais heureusement il y avait une coupure entre les deux résidences qui m’a permis de m’extraire physiquement pour mieux appréhender la deuxième période. * Cela m’a permis de partir aussi sur d’autres questionnements et d’autres façons de concevoir des ateliers, peut-être un peu plus formelles. Dans cette deuxième période j’avais l’impression de travailler plus en atelier et de moins aller me promener sur le domaine alors que c’était la période de beau temps où tout s’y prêtait. Mais ma période de découverte et d’immersion était passée et d’un coup je me suis plus concentrée sur la production et je me suis plus installée à Nekatoenea. J’avais l’impression d’être à la maison et de pouvoir travailler sans me préoccuper du reste. Cette deuxième période était à la fois une continuité et complètement autre chose que la première.

Dans la deuxième période tu avais proposé des stages art et science. Peux-tu nous en dire d’avantage ?

Pour le travail avec le public j’ai proposé des ateliers d’expérimentation avec l’idée d’essayer d’amener des adultes à se mettre dans la peau d’un artiste en résidence. Avec seulement une séance par semaine et aucune obligation d’un suivi cela n’a pas été vraiment évident. J’ai proposé donc des séances d’une journée ou d’une demi-journée sur la base d’un médium différent à expérimenter. La photo, le dessin, le volume, la vidéo et le son, des disciplines en écho à ma démarche personnelle. Il n’y a pas eu de construction commune ou d’un aboutissement concret au bout de ces séances. J’aurais aimé que cela leur permette de progresser peut-être et qu’un échange de médium s’opère avec l’idée d’aboutir à quelque chose. Peut-être que des adultes vont avoir besoin aussi un peu plus de temps à s’installer dans les choses, à se libérer surtout du regard des autres par rapport à ce qu’ils font, à se projeter et à être dans la même démarche « on va s’interroger sur un sujet et aller en profondeur ». Dans cette période, les ateliers ont été axés sur la géologie. Cette thématique est venue plutôt à la fin de la première période, au mois de mars, à partir d’une vidéo que j’ai réalisée sur un des jumeaux qui souffle. En hiver la roche est plus à nu, on la distingue mieux du reste et on va plus facilement du côté des falaises. En tout cas, pour moi ça été aussi une vraie découverte. Jusqu’à présent, je m’attachais plus à la construction, le bâti humain et le végétal. En arrivant ici je n’avais pas vu cet aspect-là comme une possibilité de travail. Aussi, depuis très longtemps et sur d’autres projets, j’avais fantasmé sur ce rapport possible avec la science, sans jamais trop chercher à le développer. Il y a des personnes ici au CPIE qui ont ces compétences-là. D’un coup, c’était l’occasion de l’expérimenter et voir ce qui peut sortir de cette rencontre entre l’art et la science. Maïté Rivière s’est jointe à nous à deux reprises. Les choses peuvent se faire écho, à la fois entre le discours scientifique et la perception ou l’interprétation artistique. Le regard de Maïté, son apport en explications a vraiment permis de voir les choses sous un autre angle et a permis d’autres interprétations et expérimentations qui ne se seraient pas faites sans elle.

Le programme de cette résidence comporte un certain nombre d’actions, les présentations publiques, ouverture d’atelier, interventions avec le public, il faut penser à son propre travail, un projet d’édition et d’une restitution de la résidence sous forme d’une exposition qui devait mettre en dialogue ses propres recherches avec celles du public. Est-ce que cette exposition de fin de résidence prend beaucoup de place ?

Oui, il y a des moments de doutes, mais en même temps c’est bien aussi parce que cela motive d’avoir un but qui clôture un projet. A un moment donné, on a envie de montrer ses productions aux autres. Une fois qu’on a produit en atelier, on veut sortir de « l’isolement » pour ne pas tourner en rond, pour avancer quel que soit le retour. L’exposition permet ça, mais aussi d’autres formes comme les portes ouvertes d’atelier qui ont lieu en milieu de la résidence. Elles étaient aussi très bénéfiques dans ce sens-là et pour le coup sans le stress d’une présentation particulière, ou d’un nouveau lieu à gérer et à investir. Une vraie exposition a toujours cet aspect fini, on expose des œuvres et pas forcement un état de travail ou des étapes de recherches que j’ai montrés dans l’exposition « Les dents de la mer, petites morsures, visions fragmentaires et sédimentaires ». Et faire communiquer mes œuvres avec celles des participants n’a pas été une difficulté parce que tout s’est fait en même temps, sur les mêmes thèmes et questionnements. L’une répondait à l’autre et pour moi c’était clair dès le départ qu’il fallait créer un pont entre nos réalisations.

Il y a également le projet d’édition*², avec l’idée de réunir la production, la rendre visible sous une autre forme tout en gardant cet aspect de recherche. Elle est en cours de réalisation. Il y aura une part importante d’images, plus que de texte ou du déroulé. L’idée est aussi de faire vivre ensuite ce rendu sous forme papier et au-delà de la résidence. Cela aura la forme d’un objet d’art, une série limitée, numérotée dans des coffrets faits main dans lequel s’insère trois petits livrets. Un de ces livret sera consacré au travail avec les différents publics, dont toutes les productions qui ont été faites, puis un autre sera dédié à mes productions et un dernier qui sera consacré aux recherches, comme un cahier de croquis. Des mini productions, tirages ou dessins viendront se glisser par- ci par- là. Je travaille pour cela avec le graphiste Mickael Barret. C’est aussi une création à part entière et une transition pour finir en douceur ces six mois. »

*(ndr : Barbara a commencé la résidence en octobre 2014 jusqu’en février 2015 puis d’avril à fin juillet 2015)
*² Pour la sortie de l’édition de Barbara Ryckewaert le CPIE organisera une petite présentation au mois d’octobre en présence de l’artiste à NEKaTOENEa. L’information et les dates exactes seront communiquées ultérieurement sur notre site, page facebook et par mailing.