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 Diplômée en 2010 de l’école Nationale des Arts Décoratifs de Paris en photographie et vidéo, je m’intéresse aujourd’hui aux rapports entre l’homme et la nature  en interrogeant notre perception du paysage, des espaces dits naturels et les liens que nous entretenons avec eux.

    L’idée romantique d’une nature avec laquelle il serait possible de se fondre est bien présente. Cependant mes images contiennent aussi les éléments de l’impossibilité de cette réalisation. Le paysage joue de nos perceptions, nous fait croire à l’idée de Nature mais n’est toujours qu’un fragment de celle-ci. De plus, nous ne regardons pas le paysage pour ce qu’il est mais pour ce qu’il nous renvoie. Le percevoir appelle alors immédiatement l’illusion, les dualités et les ambiguïtés. A partir de ce paysage-écran nous projetons de nouvelles images issues de notre pensée. Il s’agit bien d’une relation, d’un travail d’associations qui s’effectue et à ce titre, dans l’image-paysage, les limites de ce qui est vu et de ce qui est élaboré par la pensée viennent s’effacer créant ainsi un nouvel objet. Il s’agit ainsi de considérer l’image avant tout comme un point de passage entre une réalité et un ailleurs, changer de point de vue et remettre en question notre perception des choses afin d’établir de nouvelles associations, une représentation du monde qui oscille entre familiarité et étrangeté.
    Ce travail autour de la perception et des associations de paysages démarra avec l’expérience, le vécu d’un paysage familier, celui où j’ai grandi et que j’associais à un paysage fantasmé (Landscapes meeting). Le résultat de cette association mentale fût une série de montages photographiques dans lesquels la jonction entre les différentes images utilisées (deux en général) est laissée apparente. Ne cherchant pas à faire croire à des lieux bien réels, l’image résultant de cette approche est davantage la traduction d’un espace mental dont les contours se chevauchent et sont grossièrement définis.
    Depuis, je tente de trouver ces possibilités d’associations sans avoir recours au montage d’image. La question de savoir ou non s’il y a eu montage peut toujours se poser mais cela n’est plus un point important de l’approche. La question du point de vue et du spectateur viendrait d’une expérience plus directe mettant en avant les dispositifs que nous pouvons tous rencontrer et qui sur un lieu nous invitent à regarder le paysage, qu’il s’agisse de terrasses, d’observatoires ou de bords de routes aménagés à cet effet et signalés avant même le dévoilement du dit paysage.  Le pouvoir de fascination qu’exerce sur nous certains paysages est accentué par l’autorité de ces dispositifs qui nous font croire que tout est là tant ce que l’on regarde s’impose mais aussi vient figer la pensée. Mes images montrent des paysages qui ne renvoient pas automatiquement à l’idée que l’on se fait du lieu où ils ont été pris mais qui au contraire transportent la potentialité de l’ailleurs. La séduction amené par le paysage est toujours présente dans mes images et le paysage est envisagé comme une rencontre. Je cherche aujourd’hui à développer cette idée de rencontre et de lien entre les images par de nouvelles dialectiques et notamment par celle qu’amène la présence de l’homme et de l’animal au sein du paysage. Ces présences dialoguent en tension avec les paysages auxquelles elles sont associées créant alors un certain sentiment d’étrangeté.